L'herbier filmique, les plantes comme nœuds de relations

Un projet de création artistique intergénérationnel qui mêle cinéma documentaire, cartographie sensible et ateliers collectifs. L’herbier devient une mémoire vivante : les plantes ne sont pas des objets à classer mais des nœuds de relations – d’usage, de travail, d’affection, de savoirs, d’appartenance aux territoires. À travers l’image, le son et la parole, elles révèlent les paysages vécus, les attachements et les gestes ordinaires. Ancrée dans une approche artistique et ethnographique, l’immersion longue de l’équipe artistique sur le territoire Arlysère cherche à interroger la mémoire des lieux et les modes de vie liés aux plantes.
Thénésol
73200 Thénésol
73 - Savoie
Vers un projet culturel de territoire
Galerie de photos
Équipe projet
Amélie Barbier : artiste intervenante, documentariste anthropologue
Clément Simon : artiste intervenant, documentariste
Christelle Auvaro : animatrice EHPAD Claude Léger
Maëva Laurière : animatrice EHPAD Claude Léger
Didier Cattelin-Tellier : directeur école élémentaire de Thénésol
Emilie Kamber : institutrice école élémentaire de Thénésol
Roland Théaud : écologue et botaniste
L'herbier filmique en 3 phases d'ateliers
Phase préparatoire _ Démarrage par des temps d’inter-connaissance, observation des archives numériques d’herbiers de Savoie, scènes de films, échanges autour de la représentation du végétal - si, dans les herbiers papier, les plantes sont coupées, séchées et isolées de leur lieu de vie, au cinéma elles apparaissent dans leur environnement visuel, sonore, sensoriel, vivantes et colorées, approchées par des humains qui les entourent de différents gestes, regards et pratiques. Grâce à ces visionnages, les résidents ont commencé à raconter leurs histoires et à parler de leurs pratiques. Les éléves se sont mis dans la peau d'interviewers et ont préparé des questions à poser aux résidents. Des histoires intimes ont commencé à émerger lors de ces temps d'échanges. Une initiation pratique au cinéma a ensuite permis aux enfants de s’approprier les outils et le langage filmique, et d’expérimenter avec différents rôles au sein d’une équipe de tournage (réalisateur, cadreur, ingénieur son, acteur), notamment à travers des jeux d’improvisation autour du thème des plantes. Peu à peu ces improvisations ont été adaptées afin de travailler autour de leurs propres récits, en les rejouant, les racontant différemment, les complétant. Des cartes postales écrites par les élèves pour les résidents ont aussi été lues à l’EHPAD et ont permis de garder un lien pendant les vacances scolaires.
Phase de création _ En s'inspirant de scènes de films de fiction et documentaires, les éléves et les résidents ont commencé à imaginer des séquences possibles pour le film collectif, à partir des récits de chacun. Les enfants ont développé leur attention aux présences végétales au cinéma et ont exploré les questions de la mise en scène et de la narration autour des plantes. Ils ont notamment réalisé des story-boards afin de préparer notre futur tournage en extérieur. Les résidents ont continué de travailler sur l’imaginaire et la mémoire des lieux à partir de vidéos d’archives locales regardées et commentées en groupe afin d’impulser un dialogue collectif. Le botaniste, Roland Théaud, est intervenu lors de séances à l’école et à l’EHPAD. Avec les enfants, il a travaillé sur la lecture de paysage, l’identification de différentes espèces de plantes et de mousses observées en classe et dans la cour de récréation, l’histoire de l’écologie locale, le fonctionnement de la vie végétale. À l’EHPAD, il a aidé les résidents à implanter des greffons d’espèces locales de pommier sur des pousses - cette pratique manuelle en collectif a impulsé des remémorations chez plusieurs participants, qui se sont souvenus avoir fait des greffes de pommier par le passé, et ont partagé ces récits avec le groupe. Une parole sensible s’est ainsi ouverte grâce à des gestes revenus en mémoire par le contact direct avec des plantes.
Phase de tournage et post-production _ Grâce aux exercices préparatoires d’écriture et de tournage menés en classe les semaines précédentes, et aux storyboards écrits par les enfants, l'équipe artistique a filmé des scènes de dialogue en groupe. En situation dans la forêt, les jeunes se sont posés des questions sur leurs plantes préférées et ont raconté leurs souvenirs liés au végétal. Puis une séquence fictionnalisée a été tournée : les élèves ont imaginé entendre les voix de résidents de l’EHPAD sortir des plantes et des arbres de la forêt pour raconter leur histoire. Les résidents se sont déplacés jusqu’à l’école, à la lisière du bois, et ont discuté avec les enfants de leurs souvenirs passés liés à l’environnement local et de leurs rêves pour le futur. Ce tournage en extérieur a permis de clôturer le cycle d’ateliers avec un moment de transmission fort entre générations.
En parallèle, les deux cartographies sensibles ont été réalisées de façon participative au fil des semaines, l’une avec les résidents, l’autre avec les élèves. Ces cartes représentent des parcours de cueillette, de marche, de travail, ainsi que des lieux-repères dans la relation des participants au végétal (maisons familiales, maisons de grands-parents, espaces visités régulièrement, etc.). Elles mêlent dessins, fragments de récits écrits, indications géographiques et écologiques. La carte des enfants, centrée sur les environs de Thénésol, constitue un « zoom » au sein de la carte à grande échelle des résidents, qui recouvre le territoire de Savoie. Ces différents objets, et les nombreux travaux préparatoires réalisés par les enfants (cartes sensibles individuelles, storyboards, cartes postales, dessins), ont été présentés lors de la restitution du 18 juin à l’école de Thénésol.
En somme, les cartes et le film produits lors des ateliers s’articulent de façon complémentaire : dans le court-métrage de 23 minutes, on retrouve des espèces végétales, des lieux et des récits mentionnés sur les cartographies sensibles. Ce court film commence par montrer la balade en forêt avec les enfants, avant d’ouvrir vers une dimension plus onirique et poétique lorsque des récits audios enregistrés avec les résidents d’EHPAD émergent de l’environnement forestier et se mêlent aux portraits des participants et à des gros plans de fleurs et d’arbres. Les histoires locales des résidents et des enfants, leurs sensibilités, leurs imaginaires et leurs attachements, s’entremêlent ainsi à travers la matière sonore et visuelle créée au fil des ateliers.
=> Le film n'est pas diffusable à ce jour pour des raisons de droits à l'image.
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