Faire parler les projets : quand les institutions redécouvrent le pouvoir des histoires
Les Artisans de la fiction

La force des projets d'action culturelle se perd trop souvent dans des descriptions qui n’en saisissent ni la vitalité ni la richesse des interactions engendrées. Pourtant, derrière chaque initiative existe une histoire : des personnes, des obstacles, des ambitions.
Pôle ressources
Trop de projets meurent étouffés sous la langue administrative
On veut convaincre sans raconter. Justifier sans émouvoir. Or, derrière chaque dossier déposé sur une plateforme, il y a une aventure humaine, un combat, une tension dramatique — bref, une histoire. L’atelier Myriade en a fait la démonstration : un bon projet culturel, c’est d’abord un bon récit.
Lorsque Catinca Delabie a contacté Les Artisans de la Fiction pour concevoir un atelier sur le storytelling à destination des acteurs culturels, le défi tenait du pari risqué : comment faire entrer la narration — souvent suspectée de manipulation — dans le vocabulaire institutionnel sans effrayer personne ? L’enjeu était clair : les projets déposés sur la plateforme Myriade sont solides, pertinents, mais rédigés dans une langue morte, administrative, qui efface parfois l'énergie des équipes. Comment redonner vie aux mots sans trahir la rigueur exigée par les appels à projets ?

Une salle comble et une tension dramatique digne d’un roman
L’annonce de l’atelier a suffi à créer la surprise : les 12 places initialement prévues se sont transformées en 30 inscriptions confirmées. Le public ? Des représentants des communautés de communes, des compagnies, des institutions culturelles. Autant dire un public peu habitué à manier le concept de « tension narrative ». Et dès le matin, le récit s’écrivait malgré moi : embouteillages, piétonisation, bus en retard, mauvaises portes, course à travers les rues. Une scène inaugurale parfaite pour introduire l’atelier — le formateur en retard, le stress montant, la salle pleine. L’histoire commençait sans que j’aie eu besoin de la raconter.

Le dispositif : faire tomber les masques du langage institutionnel
L’atelier tenait en une idée simple : faire rédiger aux participants un projet plat, dépourvu de tension, puis les inviter à le réécrire en y injectant ce qu’ils taisent habituellement — les doutes, les obstacles, les désirs, les risques. Pourquoi ce détour ? Parce qu’une histoire n’est pas une suite de faits mais une mise en tension entre un objectif et un obstacle. Sans conflit, pas d’intérêt. Sans enjeu, pas d’attention. Alors, quand je leur ai demandé d’affronter sur le papier ce qu’ils évitent dans leurs bilans — les difficultés, les incertitudes, les ratés —, le silence a d’abord été total. Puis un stylo s’est levé, un autre, puis toute la salle s’est mise à écrire.

Et si, finalement, le storytelling cessait d’être un gros mot pour redevenir ce qu’il a toujours été : l’art de rendre visible le courage de ceux qui agissent ?
- Journaliste, scénariste et écrivain et directeur des Artisans de la Fiction
La réécriture : passer du projet à l’histoire
Le second temps fut décisif : la réécriture. À partir de leur premier texte administratif, les participants devaient reformuler en intégrant les enjeux, les émotions, la lutte. L’objectif : transformer un compte rendu en récit de conquête. Les lectures ont commencé. Et soudain, la salle a basculé : la Maison de la Danse devenait héroïne d’une reconquête du lien social, une médiathèque racontait sa peur du vide culturel, un collectif de territoire évoquait son combat pour maintenir des ateliers malgré la baisse des subventions. La narration n’avait pas formaté ces projets. Elle les avait humanisés. Elle avait rendu visible ce que l’administration, à force de neutralité, avait gommé : la vitalité, la résistance, le sens.

Le moment de vérité
Quand la représentante de la DRAC est entrée, le moment avait des allures de troisième acte. Allait-elle juger ce virage narratif trop risqué ? Au contraire : elle a souri en entendant ces projets soudain plus incarnés, plus lisibles, plus « vrais ». Les participants aussi ont perçu la différence : raconter, ce n’est pas trahir la réalité — c’est la rendre partageable.
Ce que révèle cette expérience
Cette séance de 90 minutes a prouvé qu’écrire un projet, c’est écrire une histoire. Pas une fiction enjolivée, mais le récit d’un engagement, d’un besoin, d’une transformation. Dans On Writing, Stephen King rappelle que « la narration, c’est la vérité déguisée en mensonge ». Or ici, le déguisement tombait : les porteurs de projets redécouvraient que le récit est une arme d’authenticité, pas de manipulation. Et si, finalement, le storytelling cessait d’être un gros mot pour redevenir ce qu’il a toujours été : l’art de rendre visible le courage de ceux qui agissent ?
Les événement(s) associé(s)
- Marché Gare, 34, Rue Casimir Périer
- Terminé le 13/10/2025
- Terminé

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