Mont-Saxonnex
74130 Mont-Saxonnex
74 - Haute-Savoie
Résumé du projet
Chroniques d'un territoire sensible est un projet artistique mené avec la classe des CM1 et CM2 de l'école Roger Guillermin du Mont-Saxonnex (74) coordonné par les Ateliers Medicis dans le cadre de la résidence Création en cours.
Ce projet propose une exploration photographique d’un territoire de montagne. Il s’agit de s’arrêter sur un élément précis, l’alpage, et de voir comment il évolue. L'approche est expérimentale et repose sur les principes de la photographie, comme la photosensibilité, la camera obscura, la lumière et le temps de pose. Le projet intègre aussi une dimension écologique, en questionnant à la fois les transformations visibles du territoire et des manières de produire des images avec un impact limité.
Contenu artistique et culturel
Rencontrer
Le projet s’appuie sur l’observation et l’échange autour des œuvres de l’artiste, ainsi que sur des références artistiques contemporaines. Les élèves découvrent des démarches variées (naissance et évolution des techniques photographiques, travaux d'artistes) en lien avec les questions du projet, afin d’enrichir leur réflexion. Ces apports extérieurs nourrissent le travail, élargissent les points de vue et permettent de situer la pratique des ateliers dans un contexte artistique plus large. La présence d’un artiste favorise un échange direct autour des pratiques, des choix et des processus de création. Les œuvres présentées et construites ensemble deviennent des points d’appui pour comprendre comment une idée se construit et se traduit visuellement.
Pratiquer
Chaque séance s’organise autour d’une problématique posée aux élèves. La réponse passe d’abord par la pratique : faire pour comprendre. En fin d’atelier, un temps d’échange collectif permet de revenir sur les réalisations, de confronter les points de vue et d’ouvrir la discussion.
Les ateliers sont conçus pour favoriser l’autonomie et la prise de responsabilité. Les élèves apprennent d’abord différentes techniques photographiques afin de gagner en maîtrise, puis sont progressivement amenés à faire leurs propres choix.
Le projet repose sur un processus évolutif : au fil des séances, les élèves prennent davantage d’initiatives dans la construction de leurs images. Cette progression leur permet de développer une pratique personnelle, tout en explorant différentes réponses possibles à une même question.
Connaître
Le projet s’appuie sur des apports théoriques et contextuels : notions liées à la photographie (différents procédés, camera obscura, photosensibilité), compréhension du territoire de montagne et de ses usages, en particulier l’alpage.
Ces connaissances ne sont pas abordées de manière isolées, mais directement liées à la pratique et aux expérimentations menées en atelier, ainsi que par la rencontre avec des professionnel·les. Elles permettent de donner des repères, de mieux comprendre ce qui est observé et produit.
L’objectif est que les élèves puissent mobiliser ces savoirs de manière autonome, pour nourrir leur réflexion et affiner leurs choix dans la réalisation des images.
Exposition !
Chroniques d’un territoire sensible présente le travail réalisé avec les élèves autour de différentes pratiques photographiques expérimentales. À travers une diversité de techniques et de formes d’images, les ateliers ont permis d’explorer le paysage de montagne et d’en proposer des lectures multiples.
Le projet s’est construit autour d’une réflexion sur la manière de représenter un lieu, en prenant pour point d’ancrage l’alpage. Comment regarder un territoire ? Que choisit-on d’y montrer ? La question n’est pas seulement celle du point de vue ou du cadrage, mais aussi celle de l’attention portée à ce qui le compose.
En invitant les élèves à observer plus attentivement leur environnement et à inscrire cette observation dans un processus photographique, ces ateliers ont ouvert un autre rapport au temps : un temps long, plus lent, peut-être plus proche de celui de la nature, pour expérimenter une autre manière d’habiter et de comprendre le territoire.
Informations pratiques
Salle du Presbytère, route de l’Église
74130 Mont-Saxonnex
Vernissage
Vendredi 26 juin à partir de 18h
Ouverture de l’exposition
• Samedi 27/06 : 10h – 12h
• Dimanche 28/06 : 16h – 19h
• Mardi 30/06 : 17h – 19h
• Mercredi 01/07 : 10h – 12h

2026, Jenot Nicolas
Premiers ateliers - découverte de l'argentique
Comment fonctionne la photographie ?
Voici la première question posée aux élèves.
Pour y répondre, nous avons décomposé le processus photographique. Tout d’abord, il faut former une image : c’est le rôle de la camera obscura. Ce procédé physique consiste en un espace obscur percé d’un petit trou dans lequel apparaît l’image du monde extérieur.
Mais comment conserver cette image ? Nous abordons alors les notions de photosensibilité, c’est-à-dire la capacité d’un support à réagir à la lumière. Pour commencer, nous utilisons du papier argentique afin de comprendre ces premières notions.
À partir de cette introduction, les élèves sont rapidement invités à découvrir le laboratoire argentique installé dans l’école : la lumière rouge, les différentes chimies, ainsi que nos appareils (rudimentaires mais pleinement fonctionnels), les sténopés.
Le sténopé permet d’expérimenter le rôle de la camera obscura et de découvrir l’image inversée, en noir et blanc, à travers des prises de vue réalisées autour de l’école.
La question de la photosensibilité est ensuite explorée grâce à des photogrammes réalisés avec des végétaux collectés aux alentours de l’école. Le photogramme est une photographie sans appareil : les objets sont posés directement sur le papier photosensible, exposés à la lumière puis développés, révélant ainsi l’empreinte de leur forme.
Au fil des expérimentations, les élèves comprennent le rôle essentiel de la lumière en photographie. D’ailleurs, l’étymologie même du mot « écrire avec la lumière » l’exprime clairement.
Pour aller plus loin, nous réalisons des images en combinant les deux procédés : un premier photogramme d’une feuille d’arbre est ensuite utilisé dans la camera obscura pour effectuer une prise de vue en extérieur. Le paysage vient alors se révéler à l’intérieur même de l’empreinte de la feuille.

2026, Jenot Nicolas
Découverte de l'argentique - images
Poursuite sur la camera obscura
Pour continuer à explorer et mieux comprendre le fonctionnement des notions photographiques, nous expérimentons différentes formes de camera obscura. Les élèves apportent des boîtes en métal, transformées en sténopés, que nous installons autour de l’école, dans le paysage environnant. Nous les laisserons ainsi pendant trois mois : trois mois d’exposition ! Ce procédé se nomme la solarigraphie.
En parallèle, une camera obscura géante est installée dans l’une des salles de l’école. Plongée dans l’obscurité et percée d’un minuscule trou, elle projette le paysage extérieur sur les murs de la pièce. Observé à différentes heures et jours, l'atelier se transforme vite en temps de contemplation et d’observation : comment un paysage que l’on connaît bien peut-il soudain paraître si différent ? Les élèves ont ensuite pour consigne de capter ce paysage sur un papier argentique, d’en fragmenter les différentes parties, puis de tenter de le reconstruire, à la manière d’un puzzle.

2026, Jenot Nicolas
Poursuite sur la camera obscura - images
Focus sur les alpages
Maintenant que les élèves maîtrisent différentes techniques photographiques, nous pouvons entrer pleinement dans un sujet de recherche.
Nous choisissons d’explorer l’alpage : un territoire de montagne façonné par les saisons, délimité par des frontières mouvantes entre pâturages et forêt. L’appareil photographique devient alors un outil d’exploration sensible du paysage. Pendant un mois, les élèves ont pour consigne de collecter récits, observations et informations autour de ce territoire.
Autour de l’école, plusieurs alpages sont accessibles. Une balade photographique est organisée afin d’aller à leur rencontre. Les élèves doivent porter leur attention sur ce qui délimite ces espaces : les lisières, zones de transition entre l’alpage et la forêt.
En classe, à l’aide des tablettes numériques et du site Géoportail, nous observons l’évolution du paysage au fil du temps. Chaque élève choisit un lieu du village puis décalque les lisières entre alpages et forêts telles qu’elles apparaissaient dans les années 1960, avant de les comparer à celles d’aujourd’hui. Ces cartes révèlent des transformations importantes : dans la majorité des cas, la forêt a progressé, réduisant l’étendue des alpages.
À partir de cette recherche, un montage d’images est réalisé, mêlant photographies numériques, lumen prints (photogrammes obtenus sur papier argentique sans développement) et relevés cartographiques des lisières.

2026, Jenot Nicolas
Focus sur les alpages - images
L'herbier de l'alpage
Nous poursuivons notre exploration de l’alpage à travers une série d’ateliers consacrés à sa flore. Quelles plantes composent ces prairies de montagne ? Les élèves partent en collecte et identifient les espèces rencontrées.
À partir de cette recherche de terrain, ils réalisent un herbier en cyanotype, procédé photographique photosensible aux nuances de bleu. Ce travail fait écho aux recherches de Anna Atkins, considérée comme l’une des pionnières de la photographie et autrice du premier livre photographique, Photographs of British Algae.
Les expérimentations se prolongent ensuite par des cyanotypes grands formats virés vers des tonalités jaunes. Cette transformation ouvre la possibilité d’un travail en multicouches : une première impression jaune, superposée à une seconde couche bleue, permet de faire apparaître différentes nuances de vert.

2026, Jenot Nicolas
L'herbier de l'alpage - images
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